RETRAITES 

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intersyndicale du 20 mai

Emploi, salaires, retraites : toutes et tous mobilisés le 27 mai !

L’intersyndicale CFDT, CFTC, CGT, FSU, Solidaires,UNSA réaffirme sa décision du 6 mai d’appeler les salariés du public et du privé, les retraités, les jeunes et les privés d’emploi à une journée nationale de grèves et de manifestations le 27 mai pour interpeller ensemble les pouvoirs publics, les employeurs et peser sur les choix à venir.
La réunion du sommet social le 10 mai et la publication par le gouvernement le 16 mai d’un document d'orientation sur la réforme des retraites ignorant l'essentiel des exigences formulées par les organisations syndicales les confortent à faire du 27 mai une mobilisation d’ampleur afin que soit réellement donné la priorité à l’emploi, à l’amélioration des salaires et du pouvoir d’achat et à la garantie de l’avenir du système des retraites par répartition.
Concernant les retraites, le gouvernement reste campé sur l'allongement de la durée de cotisations et le report de l'âge légal de départ à la retraite. Taxation des hauts revenus et des revenus du capital, reconnaissance de la pénibilité, harmonisation éventuelle entre le public et le privé… autant d’incertitudes et d’inquiétudes  sur ses véritables intentions ! Le gouvernement maintient son calendrier et avance à marches forcées sans prendre le temps ni se donner les moyens d'un vrai débat. C'est inacceptable.
Rien n’est joué, les organisations CFDT, CFTC, CGT, FSU, Solidaires UNSA appellent les salariés à se mobiliser massivement le 27 mai.

Le 20 mai 2010

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L'Elysée évoque « un prélèvement spécifique sur une catégorie de la population ». Le projet de loi de réforme des retraites sera présenté en Conseil des ministres dès juillet. Un relèvement de l'âge légal du départ serait le moyen le plus efficace pour changer les comportements des assurés à court terme, démontrent les statistiques de l'assurance-vieillesse.

 

C'est maintenant quasi-officiel : la réforme des retraites devrait comprendre une hausse de prélèvements. L'entourage de Nicolas Sarkozy a évoqué, hier, « un prélèvement spécifique sur une catégorie de la population ». « Le président souhaite que la réforme soit juste », explicite-t-on à l'Elysée, laissant entendre que c'est la population la plus aisée qui serait visée. Le projet n'est cependant « qu'une piste parmi d'autres » et « rien n'est arrêté », ajoute-t-on. Il n'empêche, cette déclaration est tout sauf neutre, alors que la concertation avec les partenaires sociaux s'ouvre lundi, et que les nouvelles prévisions du Conseil d'orientation des retraites, qui seront validées mercredi, se focaliseront, elles, sur des mesures repoussant l'âge de départ en retraite.
Le timing est assez serré : les grandes lignes de la réforme « ne seront pas clarifiées avant la seconde quinzaine de juin ». L'objectif est de présenter le projet de loi en Conseil des ministres avant la trêve estivale, fin juillet, afin que le Parlement puisse commencer son travail début septembre.
L'exécutif refuse d'en dire plus sur ce prélèvement. Taxer le patrimoine peut être envisagé mais Nicolas Sarkozy l'a déjà fait pour financer le RSA (contribution de 1,1 %). Une hausse de la CSG payée par les retraités imposables est défendue par le PS, mais la CFDT (qui est pour) entend la réserver pour la dépendance. La perspective d'un nouveau prélèvement a commencé d'être évoquée dans le cadre du débat sur le bouclier fiscal. Les parlementaires de la majorité exigent qu'à tout le moins, une hausse de prélèvement future concerne tout le monde, y compris les bénéficiaires du bouclier. Jean-François Copé s'est rallié à l'idée.
Ce financement supplémentaire, avancé comme un geste d'équité plutôt que comme une mesure de rendement, ne sera de toute façon pas au coeur de la réforme. Celle-ci comportera surtout un décalage de l'âge de départ à la retraite, par le biais d'un relèvement de l'âge légal (à 62 ou 63 ans) et,ou d'une hausse de la durée de cotisation.

Des arguments financiers

Sur ce point, les statistiques publiées hier par la Caisse nationale d'assurance-vieillesse (CNAV) donnent des arguments financiers aux partisans du relèvement de l'âge légal. Les assurés qui ont liquidé leur retraite à 60 ans ou plus tôt ont représenté près des deux tiers du total l'an dernier. La majorité d'entre eux avait cotisé nettement plus que les 40 annuités et un trimestre requis (voir graphique), mais elle a tout de même dû travailler jusqu'à l'âge légal pour liquider ses droits. 58 % d'entre eux avaient même 8 trimestres « de trop ».

On peut déduire de ces statistiques qu'une poursuite de l'allongement de la durée de cotisation ne sera pas suffisante pour faire reculer l'âge effectif du départ, et donc pour réduire les déficits, sauf à l'accélérer très fortement. S'il avait fallu cotiser 42 ans pour partir à la retraite en 2009, par exemple, plus de 60 % de cette population serait tout de même partie à 60 ans. « D'ici à 2020-2025, c'est le recul de l'âge légal de départ qui est le plus efficace, dans la mesure où vont d'ici là partir à la retraite des personnes généralement entrées encore tôt dans la vie active », expliquait récemment devant les députés le directeur de la CNAV, Pierre Mayeur.
Parmi les syndicats, seule la CGC défend cette solution : « Cotiser 42 ans, c'est déjà bien. Si on veut que la réforme produise de l'effet, c'est sur l'âge légal qu'il faudra jouer », explique Danièle Karniewicz. Les autres syndicats s'opposent fermement à la remise en cause de la barrière des 60 ans.


VINCENT COLLEN, Les Echos


Bossuet et le bouclier fiscal, par Jean-Michel Delacomptée

En 1662, lors du carême du Louvre, Bossuet, alors âgé de 34 ans, prononça devant le jeune Louis XIV un Sermon du mauvais riche que M.Sarkozy ferait bien de méditer. Il ne s'agissait pas pour Bossuet de discourir sur le bien-fondé du bouclier fiscal, mais sur l'âpreté au gain des gens de fortune et sur leur indifférence au sort des indigents. Il ne reprochait pas aux riches d'être riches, mais de ne vouloir rien céder de leurs richesses, d'en vouloir toujours davantage, et de rester sourds à la misère des pauvres. Il ne s'agissait pas pour lui d'invoquer une crise financière qui écrasait les faibles en détruisant les emplois, mais de placer sous les yeux des Grands les ravages du terrible hiver 1661 qui suivait une canicule impitoyable : la disette, les maladies, la mort causées par froid glacial après les champs brûlés par le soleil.

Face au désastre, les riches restaient de marbre. Cela ne les concernait pas. Ils jouissaient de leurs biens sans scrupules, sans remords, ils échappaient au sort commun. Comme s'ils étaient d'une autre essence. Comme si les indigents n'étaient pas leurs prochains, leurs semblables. Comme s'ils pouvaient jouir d'une opulence inouïe là où les autres manquaient de tout. Comme si, en vertu de privilèges naturels, ils en avaient le droit. Bossuet récusait ces prétentions. Il n'avait pourtant rien d'un révolutionnaire : il était membre de la Compagnie du Saint-Sacrement, parti dévot qui, sur notre échiquier politique, relèverait de la droite autoritaire. Vincent de Paul, auprès duquel il avait fait retraite, en était membre lui aussi. La piété de ces charitables ajoutait le souci des pauvres à la rigueur morale.
Alors Bossuet dit ceci au jeune roi et à sa cour insouciante qui s'étourdissent de luxe, d'idylles, de jeux et de fêtes : "C'est ici la malédiction des grandes fortunes : c'est ici que l'esprit du monde paraît le plus opposé à l'esprit du christianisme. Car qu'est-ce que l‘esprit du christianisme ? Esprit de fraternité, esprit de tendresse et de compassion, qui nous fait sentir les maux de nos frères, entrer dans leurs intérêts, souffrir de leurs besoins. Au contraire, l'esprit du monde, c'est-à-dire l'esprit de grandeur, c'est un excès d'amour-propre, qui, bien loin de penser aux autres, s'imagine qu'il n'y a que lui."

Beaux principes de curés, rétorquera notre modernité, qui n'a que faire de ces leçons inspirées de l'Evangile, mais nous, nous en appelons à la justice sociale, pas à la charité. A quoi Bossuet répondrait sans doute par ces paroles qu'il prononça dans la conclusion de son sermon, où il engagea la responsabilité du mauvais riche dans les conséquences de son aveuglement : " Si l'on n'aide le prochain selon son pouvoir, on est coupable de sa mort, on rendra compte à Dieu de son sang, de son âme, de tous les excès où la fureur de la faim et le désespoir le précipitent."
Dieu ne nous paraît plus, aujourd'hui, le juge suprême. Le juge, désormais, c'est le peuple. Et il ne souffre plus de la faim. Mais si la pauvreté a perdu ses outrances, le désespoir et l'injustice demeurent, chaque jour plus graves. Devant ce fait, les responsabilités restent les mêmes, donc la légitimité des excès possibles, qui en sont la conséquence.
Jean-Michel Delacomptée est écrivain. Dernier ouvrage paru : "Langue morte, Bossuet", Gallimard, 2009.

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